À la Maison St-Raphaël, il arrive souvent que ce soient nos professionnel·le·s ou nos bénévoles qui repèrent les bonnes personnes à inviter à joindre l’équipe. Cette fois-ci, c’est Véronique Després, directrice des services multidisciplinaires, qui a eu le bon flair. Elle a tout de suite repéré le profil d’Achille Volpi et a senti qu’il serait parfaitement à sa place chez nous. Achille est acupuncteur. Il travaille à la Maison St-Raphaël avec une présence douce et attentive les mardis, les jeudis et un vendredi par mois. Si vous souhaitez le croiser, gardez bien ces journées en tête.
Quand Véronique lui a proposé de venir travailler à la Maison St-Raphaël il y a de cela un peu plus de quatre ans, Achille a tout de suite dit oui. Dans son enfance, il s’intéressait déjà à ce sujet universel qu’est la mort. Il a lu sur le sujet, réfléchi, ressenti, et il s’était dit qu’un jour, il aimerait s’approcher de ce passage de l’existence. Au moment où l’occasion s’est offerte à lui, c’était donc un rêve d’enfance qu’on a réveillé : celui de travailler au contact de la mort. Une occasion qui s’est révélée comme une évidence pour lui. Achille a étudié la médecine traditionnelle chinoise à Paris, puis en Chine, jusqu’à obtenir l’équivalent d’une maîtrise. Un parcours nourrissant, animé par une soif de comprendre, de prendre soin et de créer des liens.
Avant de rejoindre la Maison St-Raphaël, Achille a travaillé comme acupuncteur à différents endroits, pour la plupart à son compte, ainsi qu’en tant qu’artiste multi (musique, poésie). À ce jour, il pratique l’acupuncture à Montréal et à Belœil, où il continue d’ailleurs d’exercer à temps partiel, et poursuit ses démarches artistiques dans les interstices.
À la Maison, aucune journée ne se ressemble vraiment, et c’est précisément ce qu’il aime. Chaque rencontre, chaque moment, contient sa part d’imprévu. Il accompagne en moyenne quatre à cinq personnes par jour. Et pendant le temps de pose des aiguilles, ou entre deux patient·e·s, il travaille sur d’autres projets, toujours en lien avec la Maison. Il y a pour lui ici une promesse d’humanité, que ce soit avec les patient·e·s ou avec les collègues. Ce mélange de structure et de surprise nourrit profondément sa pratique et sa passion pour son métier.
Ce qu’Achille préfère dans son travail, c’est tout d’abord le fait de travailler dans ce lieu où l’on parle, directement ou en silence, de la mort et où on la respecte. Être au contact de la fin de vie, c’est à la fois une charge et un cadeau, dit-il. Une tension entre joie et peine, mais toujours traversée par quelque chose de profondément vivant. Aussi, il parle des gens avec qui il travaille, chacun·e avec sa couleur, son énergie, sa manière d’être. Travailler ici lui apprend à peaufiner sa propre place, à la fois dans ce qu’il a à apprendre et ce qu’il a à offrir. C’est pour lui une pratique à la présence juste-assez-suffisante, un art de l’équilibre pour ne pas non plus être aspiré.
Quand on lui demande s’il y a une œuvre qui l’a particulièrement marqué sur le thème de la mort, il avoue en avoir plusieurs en tête. Mais puisqu’il fallait faire un choix, Achille opte pour le film All of Us Strangers. Il en parle avec émotion : pour lui, ce film est une plongée dans l’état de deuil, la négociation avec la mort, sa proximité avec le délire. Il y a aussi beaucoup d’amour entre les deux protagonsites, et une sensibilité attentive à la « queerness » des personnages qui le touche profondément. Trois thèmes qui traversent profondément sa vie : ses enfants, ses amitiés, son histoire. Le film touche à tout cela avec une grâce rare.
Si Achille pouvait changer une chose dans la société, il inventerait un parfum à diffuser dans les rues. Un parfum aux notes de cire d’abeille, de pain encore chaud, de muguet et de lilas. Il imagine que les passant·e·s, traversé·e·s par ce parfum, verraient leur esprit transformé : leur cerveau cesserait de penser en binaire, de classer les choses par paires opposées. Ce parfum, dit-il, sensibiliserait à la beauté de la multitude et des paradoxes, et annulerait la peur de ce qui ne peut être ni complètement connu, ni entièrement saisi.
Quant à un superpouvoir, il en propose deux : sur le plan individuel, il aimerait parler toutes les langues du monde, pour tout mettre en dialogue. Sur le plan collectif, il choisirait d’avoir un pouvoir à usage unique, celui d’annuler la domination, qu’elle devienne impensable, même comme hypothèse, encore moins comme solution. Et enfin, quand on lui demande quel auteur a changé sa façon de voir le monde, il cite « Ocean Vuong », pour la splendeur, pour la fragilité, pour le soin, et le regard intégratif qu’il porte sur la violence. Pour cette capacité à nous aider à devenir, dit-il, les plus beaux monstres possibles. Achille Volpi ne se contente pas d’accompagner : il observe, il écoute, il compose avec ce qui est là, avec finesse, avec tendresse. Il est DJ, metteur en scène et artisan du rythme et de l’ambiance qui fait vibrer nombreux événements à la Maison St-Raphaël. Son approche est profondément humaine, et sa présence nous rappelle que même face à la fin, il reste de la place pour la beauté, l’attention et la poésie.


