Rédaction par Daphné B.

La perte d’un être cher, un événement douloureux et intime, entraîne des répercussions dans toutes les sphères de notre vie, y compris au travail. Qu’on soit familier ou non avec le processus du deuil, il n’est jamais aisé de savoir comment soutenir une personne endeuillée, encore moins s’il s’agit d’un membre de notre équipe. Comment l’épauler tout en respectant le caractère privé du drame qu’il ou elle traverse ? Selon Véronique Després, directrice des services multidisciplinaires à la Maison St-Raphaël, la communication demeure la clé de voûte d’un soutien respectueux et efficace. Examinons ensemble ce qu’il est primordial de considérer dans une situation de deuil au travail quand on est gestionnaire.

Respecter la vie privée

Il est de mise de communiquer avec la personne qui vit un deuil pour déterminer avec elle les informations qu’elle souhaite partager ou non avec ses collègues. Véronique Després ajoute : « On peut lui expliquer qu’on le fait dans le but de respecter ses volontés et son niveau de confort quant à la façon de sensibiliser l’équipe à sa situation. » On vise toujours à respecter ses désirs, son intimité et son rythme.

Faire preuve de souplesse et de flexibilité

Le deuil n’est pas linéaire ; il s’étale sur une plus ou moins longue période et comprend beaucoup de va-et-vient émotionnels. Lorsqu’un proche est atteint d’une maladie incurable, ce processus éprouvant peut parfois commencer bien avant son décès. En tant que gestionnaire, il est donc essentiel de faire preuve d’une certaine flexibilité au niveau des congés, des horaires et de la charge de travail de notre collègue endeuillé·e. Au besoin, on peut aussi effectuer une révision des objectifs rattachés à son poste. Véronique Després ajoute : « Souvent, on prend nos congés au moment du décès, mais par la suite, on se retrouve face à de nouvelles réalités, que ce soit l’aspect pratico-pratique du deuil, comme la succession, ou tout simplement la montagne russe d’émotions qu’on traverse. » Ainsi, une personne endeuillée peut avoir besoin de prendre plusieurs pauses : pendant l’évolution de la maladie de son proche, au moment du décès et dans les mois suivant le décès. On tentera alors de l’accommoder.

Demeurer à l’écoute

Il est essentiel de demeurer à l’écoute de la personne endeuillée, même lorsque celle-ci se fait discrète. On n’hésite pas à prendre régulièrement le pouls de la situation et à entretenir une bonne communication avec elle, quitte à la relancer. On lui fait savoir que notre porte est ouverte, qu’elle peut nous parler, mais qu’elle n’est pas non plus dans l’obligation de se confier à nous. D’ailleurs, on peut mettre à sa disposition un lieu tranquille, un espace pour qu’elle se recueille et laisse libre cours à ses émotions. Rappelons-nous que tout le monde a droit au chagrin, à la colère, au découragement, etc. Le deuil se poursuit sur une longue période. « On a tendance à soutenir les personnes endeuillées tout de suite après le décès, mais les mois qui suivent, les anniversaires ou les fêtes représentent des moments très difficiles et empreints de solitude », souligne Olivia Lévêque, la directrice générale de la Maison St-Raphaël. Souhaitant que la personne endeuillée reprenne du poil de la bête rapidement, l’entourage peut mettre de la pression sur elle sans le vouloir. L’obligation « d’aller mieux »  ajoute à la détresse vécue. Il est donc important de se rappeler que cette personne peut être affectée longtemps et ressentir du chagrin pendant des mois, voire des années. Ainsi, on continue de prendre des nouvelles régulièrement, tout en nous assurant qu’elle se sente accueillie dans son milieu de travail.

Être sensible à l’impact du deuil au travail

On garde un œil sur la capacité de la personne à travailler avec le personnel et la clientèle. Se sent-elle capable d’interagir avec les autres ? Est-elle revenue au travail trop tôt ? « On peut aussi lui réitérer l’importance de prendre son temps », remarque Véronique Després. Les gens qui passent à travers des moments difficiles ne sont pas tout le temps en mesure d’écouter leur corps et leurs besoins, étant donné l’ampleur de la crise qu’ils traversent. On doit donc redoubler d’attention et de précaution afin d’éviter un retour au travail trop précoce. La bienveillance est de mise afin de protéger la personne endeuillée d’un épuisement et de favoriser des relations de travail saines avec les différents intervenants.

Instaurer des rituels

Organiser un rituel est simple : il peut s’agir d’observer une minute de silence, ou encore d’allumer un lampion, pourvu qu’on pose un geste concret qui nous permet de nous recueillir et d’exprimer notre peine. On peut offrir à la personne endeuillée de faire un rituel en la mémoire de son proche avec le reste de l’équipe, mais on peut aussi organiser une activité périodique pour l’ensemble de l’équipe avec cette intention. « On orchestre annuellement deux activités commémoratives pour les gens qui sont décédés à la Maison St-Raphaël. On a de petites fleurs de lotus en papier qu’on invite les familles à personnaliser avec le nom de leurs proches décédés, et on accroche ces fleurs à un cadre qui enjolive nos murs », me partage Véronique Després. Une activité en groupe peut même être l’occasion de solidifier les liens qui unissent les membres de notre équipe, en leur faisant réaliser l’importance de l’entraide et du soutien mutuel. Plus encore, ces activités significatives nous aident à vivre nos pertes, à commémorer les gens qu’on a aimés et à reconnaître notre souffrance.

Créer un espace de partage

Il est parfois avantageux d’instaurer des moments de partage, c’est-à-dire des espaces de temps où les gens peuvent échanger entre eux dans un contexte où ils se sentent en sécurité et où ils peuvent se montrer vulnérables. Ces espaces de discussions peuvent être organisés entre tête-à-tête, mais également en petits groupes. À la Maison St-Raphaël, on se rencontre sur une base mensuelle pour discuter des deuils qui affectent notre équipe. « Il faut être respectueux, ne pas divulguer les informations qui s’échangent [lors de ces rencontres], laisser les gens parler, être à l’écoute et offrir un espace sans jugement », me rappelle Véronique Després. Ces rencontres donnent lieu à de très beaux moments d’une grande humanité. Tout comme les rituels, elles permettent d’instaurer une solidarité de groupe.

Avoir des attentions particulières

Évidemment, les attentions particulières font du bien : offrir des repas, des fleurs, une carte, ou encore assister aux funérailles. Toutefois, il est important de valider avec la personne endeuillée si cela répond à ses besoins et à ses désirs. Il est toujours préférable de poser des questions et de confirmer avec elle ce qu’elle souhaite.

En tant que gestionnaire, on peut donc poser plusieurs gestes pour épauler un membre de notre équipe aux prises avec la perte ou la maladie incurable d’un proche. Ces attentions, aussi petites soient-elles, peuvent faire une grande différence. Or, si on veut aider, il ne faut jamais oublier de bien communiquer avec la personne endeuillée. En lui parlant et en lui posant les bonnes questions, on s’assure de bien répondre à ses besoins et de respecter ses volontés.

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